___*Tu lis ce livre. Tu lis ce livre et tu penses à lui. Ou plutôt tu penses à ta douleur. Tu te trouves des points communs avec ces deux héros. Ces deux héros contemporains et leurs sentiments. Leur débauche sentimentale, leur liberté que tu envies. Tu trouves les pages finales trop nombreuses à ton goût. Tu ne supportes plus de lire toute cette douleur. Tu sais que ça finira mal, tu le sais mais tu aspires quand même à une fin qui pourrait te rassurer. Tu as décidé d'en faire un de tes romans incontournables. Tu te demandes si tu oseras le relire, du moins jusqu'à la fin. Ça est, les dernière phrase, tout aussi douloureuse. Tu as les larmes aux yeux mais tu as peur qu'on te vois. Tu éteins la musique. Tu ne sais plus ce que tu veux. Ton cerveau surchauffe. Ta douleur est remarquable même les yeux fermés. Tu tentes de te remettre dans la réalité. Tu déteste ce moment-là. Puis tu as envie de les laisser couler. Elles ne peuvent plus être retenues. Alors tu t'enfermes dans la salle de bain. A peine le verrou fermé que tu finis de t'effondrer, autant moralement que physiquement. Tu arrives au point où tu te demandes pourquoi tu pleures, mais tu ne sais même plus, voir même pas. Tu n'as peut-être jamais vraiment su. Tu tentes de trouver une chose au moins qui pourrais faire cesser ton malheur même éphémèrement mais tu ne vois pas. L'écouter parler, les yeux fermés, dans la chaleur de ses bras? Qu'il revienne? Tu ne sais même pas si cela peut te rendre heureuse. Serais-tu capable d'être heureuse? Tu as encore plus mal parce que tu te rends compte que tu n'es aucun de ces personnages. Parce que eux, ils s'aiment. Parce que eux ils ne sont pas toi. Tu te redresses. Tu essuies tes larmes et te dirige automatiquement vers le miroir. Tu ne te reconnais plus. Tu ne sais pas qui tu es et pourtant c'est toujours la même enveloppe corporelle. Quelque chose changé. Tu sors de cette pièce, de toute façon, tu sais déjà. Tu ne sais toujours pas si tu en sortiras. Tu ne sais plus rien et tu as peur. Rien a changé. Toi aussi tu voudrais pouvoir le lui crier. Mais avec le temps va, tout s'en va. De toute façon, dans quelques minutes, cela sera comme si de rien ne fût.